Message de Marc Doria

Bonjour à tous

Fin Avril 2006, j'ai fait le grand saut : celui de retourner à Alger 41 ans après. J'ai profité d'un voyage professionnel pour faire ce que je n'avais pas eu le courage de faire jusque là. Ce retour a dépassé toutes mes espérances. Si la ville a changé (il y a maintenant 3,8 millions d'habitants et les maisons sont toutes blanches avec des volets bleus)elle demeure celle qui est dans notre coeur à jamais. L'accueil des Algériens est empreint d'affection et d'amour : combien de fois avec mon épouse nous avons été arrêtés par des inconnus qui nous disaient "soyez les bienvenus chez vous". Les Algériens sont heureux de nous revoir et se mettent en quatre pour nous faire redécouvrir les endroits que parfois nous n'arrivons plus à situer (le temps est passé par là). Je suis allé partout où je le souhaitais sans jamais avoir le moindre souci. Alger est une ville très surveillée et on y circule sans crainte. J'ai revu la rue Michelet, la rue d'Isly, la rue Négrier où j'ai vécu (j'y ai revu mes anciens voisins et je suis rentré dans mon ancien appartement où j'ai retrouvé certains meubles de mes parents et le lustre que ma grand-mère avait posé en 1945), l'école Négrier où mes parents enseignaient et où j'ai fait mon primaire (1956 - 1961)(Sadia la concierge que j'ai connu était là et de la retrouver a été un immense moment d'émotion) Je suis retourné au lycée Bugeaud où nous avons été reçu pendant 3 heures par le proviseur, le censeur et le surveillant général : j'y ai visité des endroits où je n'avais pas mis les pieds quand j'y étais lycéen en 1961 - 1962. Bien sûr, je suis retourné à Notre Dame d'Afrique où le père blanc qui y est recteur nous a fait une superbe visite. Comme beaucoup d'entre nous, j'étais malade de mon pays perdu. J'y suis enfin retourné et j'ai fermé la porte de la nostalgie que j'avais laissée ouverte un jour de juin 1965. A vous qui lirez ce message, je veux vous dire qu'il faut franchir le pas si vous en avez vraiment envie et retourner sur cette terre qui vous a vu naître. Vous ferez comme moi : vous regretterez de ne pas y être allés avant. C'est vrai que vous ne verrez pas les mêmes choses qu'avant 1962 (quoique...) mais globalement vous retrouverez le pays que vous aimez. Et je pense que comme moi, vous vous direz que tout ceci a été un sacré gâchis et que la folie ou l'ambition des hommes est meurtrière. Quant à moi, d'ici queques mois, je retournerai à Alger pour raisons professionnelles. J'y ai ouvert la porte de la coopération et je veux construire ce pont au dessus de la Méditerranée.

- De Marc DORIA le 10/8/2006. Pays: France   Région: Bretagne